Et puis un jour, « il faut » avancer

Et puis un jour, il faut avancer.

Il faut mettre un pied devant l’autre, ouvrir ses yeux, (je veux dire vraiment ouvrir ses yeux), il faut sentir son sang couler dans ses veines, il faut se reconnecter avec la vie….

Il faut, il faut, il faut…

Ce début de phrase absurde, qui résonne si mal en moi, et qui me fait iriser les poils…

Les personnes compatissantes, pas toujours bienveillantes, qui te disent « il faut »…

Oui il faut, je sais bien qu’il faut…

Mais il faut aussi que cela vienne de moi, et pas des autres… Et pas pour faire plaisir aux autres…

Regarder le monde à nouveau… Pour vivre, sans culpabiliser, pour respirer sans avoir le souffle couper, pour sourire sans ressentir qu’on a pas le droit…

Toutes ces petites choses qu’on se dit, que l’on a plus le droit de faire, que l’on ne peut plus s’autoriser, car nous on peut le faire… Et pas notre petit ange.

Toutes ces  petites choses de la vie sont si difficiles à accepter, si difficile à vivre, si difficile à faire. Et pourtant, pour mon mari, pour ma petite April, il le faut.

Je ne peux pas laisser vivre ma grande, dans un sentiment de deuil, de culpabilité et de tristesse. Elle a sa joie de vivre, elle a un avenir, elle est en vie, elle va bien, elle sourit, elle rigole, elle joue… Elle va bien, effectivement, elle, donc je me dois d’aller bien pour elle.

Et puis vient le moment ou les coups de blues sont plus espacés, mais plus violents quand ils arrivent sans crier gare, ou les sourires se font plus fréquents, mais les larmes qui coulent toutes seules en pleine nuit se font plus cruelles…

Le deuil devient différent. Il n’est plus quotidien, (et je m’exprime mal, car il est là tout le temps, mais pas de la même façon), mais épisodique, saccadé, violent, dévastateur, sournois. Il te guette, derrière ton épaule, te dit « me voilà » et hop, la vague de chagrin s’abat sur moi, comme une tempête, un ouragan, laissant des friches sur son passage, mon cœur en miette, mon corps vide de sens. Mais on l’apprivoise, on apprend à cohabiter, à se supporter,  comme si on voyait une vieille copine tous les jours, à qui on a pas grand chose à dire, mais qui vous fait vous sentir mal. Cela devient le quotidien, cela devient supportable, acceptable, vivable, car de toute façon, il sera là à vie.

Je n’ai as envie d’avancer, je n’ai pas envie de mettre un pied devant l’autre, je n’ai pas envie de m’éloigner de ce mois de février, de son mois de vie, de son mois à elle, je n’en ai pas envie. Au contraire, je voudrais revivre ce mois, à l’infini. Car le jour ou tout s’arrête, le jour ou tu n’as plus besoin d’aller à l’hôpital, ce jour là, tu ne sais plus ou aller, tu ne sais plus quoi faire, de tes journées, de ton corps, de tes bras, de ta vie.

Alors non, avancer cela ne se fait pas facilement. Pas pour moi en tout cas. Je n’ai pas envie de réaliser, que Eline aurait du avoir 7 mois le 3 septembre, le jour de l’anniversaire de sa soeur, que ce mois de février, a été si court et si long à la fois mais qu’en même temps tous les jours me rappelle que sa vie a été courte, un petit mois et donc que la vie me parait bien longue à côté… Non je n’en ai pas envie du tout. Mais… April et Jérémie, eux, sont en vie, et méritent qu’on les aime, qu’on les regarde, qu’on profite d’eux, qu’on partage de jolis moments ensemble… Qu’on vive avec eux, et pas à côté d’eux…

Alors je me dois de remettre le pied à l’étrier, de reprendre mon travail, de reprendre ma vie, de faire des courses, de payer mes factures, de me lever le matin et de me coucher le soir, de vivre sans pleurer toute la journée…

Ce n’est pas encore gagner, mais c’est un travail de fond, je m’y atèle, et il le faut.

 

 

 

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