Ce vide dans mes bras

Je pourrais dire que « tout va bien » avec un sourire ultra bright mais non. Je ne peux pas. Je ne pas dire que je vais bien, je ne peux pas dire que nous allons bien… Nous sommes sous le choc, nous sommes anéantis. Nous sommes perdus sans toi. Nous ne pouvons pas faire comme si tout allait bien, je n’en ai pas envie, ton papa n’en a pas envie, ta soeur n’en a pas envie…

Nous t’avons attendu, nous t’avons parlé, câliner, protéger durant tout le temps ou tu étais dans mon ventre… J’étais impatiente de te tenir dans mes bras, de te regarder pendant des heures, de te voir grandir, têter, sourire, t’éveiller à la vie et partager notre quotidien… Nous avons préparé ta chambre avec tellement d’amour, préparé ta venue… Dans cette chambre que tu n’as jamais vu, dans laquelle tu ne te sentiras jamais en sécurité, dans laquelle tu ne connaitras jamais la douceur d’un foyer aimant et douillé.

Chaque seconde qui passe, je respire et je culpabilise, je me dis que toi tu ne peux pas, tu ne peux plus, tu n’es plus… Et cela est tellement insoutenable… ton souffle me manque, ton odeur me manque, ta douceur me manque… tout me manque chez toi mon petit ange, ma petite Eline, ma toute petite. Et ce vide dans mes bras, mes bras qui sont pendant, lassent et vident de ta présence, de ta douceur…

Nous avions tellement d’amour à t’offrir, cette épreuve est si difficile…

Je ne sais jamais comment réagir quand les gens me demandent si je vais bien… J’ai envie de hurler quand les gens me disent « ça va aller », j’ai envie de parler de toi, de ta force de ton courage et de la beauté à longueur de journée. J’ai déjà perdu ton odeur et je ne la retrouverais jamais, j’en suis malade. J’aurais envie de te conter combien je t ‘aime et combien ta grande soeur est fière de toi, combien ton papa t’aime fort et combien on culpabilise de ne pas avoir été la hauteur pour te protéger de ces monstres qui t’ont condamnés avant même que tu vois le jour.

Je ne peux pas me laisser aller, je me dois d’être à la hauteur pour ta grande soeur qui compte sur nous, car elle n’a rien demandé, elle veut des parents qui vont bien, des parents qui continuent à sourire, à rire, à jouer, à raconter des histoires, des parents solides et des parents disponibles… Et cela est surement le plus difficile. Cela serait tellement plus simple de tout laisser tomber, de me laisser aller à ne rien faire, à te retrouver, mais je ne peux je ne veux pas que tu sois déçue, que April soit déçue, que ton papa soit déçue, alors j’avance, pour elle, pour toi pour ton papa. Ils ont tellement besoin d’amour, ils souffrent tous les deux en silence mais ils souffrent. April parle de toi comme une jolie étoile qui brille dans le ciel, qui la protège et qui sera toujours là à ses côtés, elle prend ta défense dans la cour de l’école en expliquant qu’elle a une soeur, mais qu’elle est morte, elle se bat pour ta mémoire, et cela lui vaut parfois des épreuves émotionnelles, car les enfants sont tellement durs entre eux… Ton papa te chérit au plus profond de son coeur, il est si fort pour April pour moi, pour nous… Je le vois bien.

Mais tout me rappelle toi, les jours qui s’écoulent les uns après les autres sans toi, ce vide dans notre maison, dans notre famille, ce vie dans mes bras, dans mon coeur.

C’est comme si on m’avait arraché le coeur, fait un trou dedans qui ne se refermera jamais et qui s’alimente au quotidien de cruels rappels.

Tu étais merveilleuse, belle, courageuse, douce et tu avais un bel avenir devant toi.

Je pense à toi sans cesse, je t’imagine grandir et ta petite bouille qui évolue, toutes ces jolies étapes que mes amies vivent avec leur nouveau né, tu ne les connaitras jamais et nous ne les vivrons pas. J’ai tellement envie de hurler de crier de taper dans les murs dans les gens dans les arbres etc…
Voir le bébé d’une autre est une épreuve, une vague de sentiment tellement difficile a gérer, mais en même temps ces bébés méritent de vivre, tout comme toi, tu méritais de vivre…

Toutes ses minutes passées à tes côtés, ses câlins peau à peau, au rythme de tes respirations et au rythme de tes saturations… Chaque souffle de toi, j’ai tout fait pour passer chaque seconde de ta vie avec toi, pour t’apporter tout l’amour que je pouvais te donner, te couvrir de câlins, de douceur d’écoute de bienveillance… Chaque seconde passée à tes côtés, alors que je savais que nous devions mettre fin à tes jours… Ses instants de doute, de culpabilité, ses mélanges d’émotions, ses cocktails explosifs de rage, de sagesse d’amour… Toi ma toute petite, à qui j’ai donné seulement deux bains dans ta courte vie, toi ma toute petite, à qui j’ai pu changer les couches que de manière épisodique, toi ma toute petite, que je n’ai pu prendre dans mes bras qu’au bout de 10 jours, 10 longs et interminables jours, ou l’envie viscérale était là, mais médicalement impossible. A toi ma toute petite, qui a été branchée a des machines tout au long de ta vie, à toi ma toute petite, qui n’a jamais connu la lumière du jour, ni l’air extérieur, à toi ma toute petite, qui n’a connu que ta chambre d’hôpital, à toi ma toute petite, qui n’a jamais été libre de tes mouvements, dans ce corps meurtri et cette enveloppe de douleur, à toi ma toute petite, qui n’a pas eu la chance d’être maître de tes mouvements, à toi ma toute petite, qui n’a jamais su ce que c’était de têter un biberon, à toi ma toute petite, qui n’a pu être débranché qu’au moment ou nous avons décidé de te libérer de tes souffrances… Je t’aime plus que tout. Mon amour pour toi est aussi grand que celui que j’ai pour ta grande soeur, et je m’en veux de ne pas avoir été plus têtue, de ne pas avoir été plus insistante pour te sauver la vie.

Rien ne sera plus jamais pareil, rien n’aura la même saveur, sans toi, il y a un avant toi, ou nous étions heureux tous les trois, et un après toi, ou on apprend à vivre sans toi mais avec ton souvenir, et à ré-apprendre à vivre, car ton court mois de vie nous a tous marqué à jamais et nous ne nous laisse pas indifférent. Ta soeur t’a tellement attendu, elle parle de toi avec tellement de bienveillance pour une enfant de bientôt 4 ans que j’en ai le souffle coupé. Réapprendre à aimer le quotidien, sans culpabiliser, sans s’en vouloir d’être en vie, ré-apprendre à apprécier de manger, de partager un bon dîner avec des amis… J’ai envie de parler de mes filles tout le temps, de la fierté que j’éprouve en pensant à vous, de ton combat de ton courage, mais je n’ose pas, j’ai peur de saouler les gens, de les mettre dans l’embarras. Car les plus gênés ce sont eux, eux qui ne savent pas toujours quoi dire, ni comment le dire. Je ne leur en veux pas, il est souvent question de maladresse. Comment imaginer notre vie sans toi ? Comment acceptez que l’on  ne te reverra plus jamais ? Comment vivre chaque étape importante de notre vie, en nous disant que tu n’es pas la physiquement pour la vivre avec nous ?

Je n’ai pas les réponses, je ne les aurais surement jamais. Je ne suis pas prête à accepter tout cela, j’ai trop peur de t’abandonner, vivre veux dire accepter que tu n’es plus là, et je n’en suis pas capable. Je survis pour April, pour Jérémie, mais je ne vis pas, je ne vis plus.

Perdre son enfant, la chair de sa chair, la plus belle merveille du monde à nos yeux est d’une cruauté extrême. Chaque parent qui vit cela est un survivant, un guerrier du quotidien, mais au final, chaque parent a cela en lui, et se doit de continuer pour les autres enfants s’il y en a d’autres. Car être parent c’est faire passer les besoins de ses enfants avant les nôtres. Et nous étions prêt à cela, nous étions prêt à tout sacrifier pour April et pour toi, pour que vous soyez heureuses, en bonne santé, plein de vie et pleine de rêves…

Les rêves, le seul endroit ou je me laisse à imaginer notre vie avec toi…

Je pourrais écrire un roman, voir deux, voir 40 pour parler de toi, de nous, de vous, mes filles chéries, mes amours, mes trésors, mes merveilles, mes pépites.

Je t’aime Eline, ma douce, ma merveille, mon trésor.

Tu me manques.

 

 

6 commentaires sur « Ce vide dans mes bras »

  1. Oh ma Camille nous sommes vraiment dans le même état de survie.
    ..et c’est vrai qu’on a peur de parler aux autres car ils n’en on pas envie etc…mais sache au,’Il y en a qui comprenne ce qu’est un choc, un traumatisme et un vide intersidéral ! N’hesites pas.Et oui nos filles sont des guerrières qui nous obligent à avancer car on les aiment plus que tout et qu’elles n’ont rien demandé.Et il faut accepter que rien ne peut se changer et se serait épuisant de l’imaginer et de s’accuser. Tu as subi autant que ton trésor 🌟🌠

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  2. Coucou camille
    Ton témoignage est d’une rare intensité.
    Tu exprimes tes maux, tes douleurs de maman orpheline de son petit ange. Ou comme le dit April, de son étoile.
    Tu as tout le temps pour faire ton deuil si tant est que l’on puisse faire le deuil d’un enfant.
    Tu es courageuse tout comme ton futur mari.
    Je n’ai pas de mots assez forts pour te réconforter.
    Je pense très fort à toi et t’embrasse très fort.
    Élisabeth (elisacharlotte sur Ig)

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  3. Ma Chérie,
    Que dire devant un telle explosion d’ amour, de tendresse, de peine, de souffrance, mais jamais de haine?
    Tu force mon admiration et je ne peut que m’ incliner bien bas devant tes réactions, ta souffrance insupportable, ta peine incommensurable, ton Amour pour cette famille que vous formez tous les quatre, ta force, ta volonté et son sens du sacrifice.
    Nous ne pouvons qu’ être là, près de vous, disponibles quand vous le souhaitez mais pas envahissants, aimants comme peuvent l’ être des parents et des grands parents, encore plus dans cette épreuve inhumaine.
    Nous vous aimons tellement, et tu restes ma fille d’ Amour.
    Ton papounet

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